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Helmut Federle

Helmut Federle

Suisse, Helmut Federle est né en 1944 à Soleure (Suisse). Tenté aussi bien par la musique que par la peinture au cours de son adolescence, il opte à l’âge de 20 ans pour les Beaux-Arts et s’inscrit à la Kunstgewerbeschule de Bâle, une des écoles les plus renommées de son pays et dont le directeur était alors le célèbre typographe Emil Ruder. Il y restera jusqu’en 1969 et terminera sa scolarité dans l’atelier de peinture de Franz Fedier, qui l’a – semble-t- il – marqué par son exemple, ainsi que les tableaux de Barnett Newman, de Mark Rothko et de Clifford Still qu’il découvre seul en fréquentant les musées de Bâle. De cette époque date sa connaissance de l’art américain et l’influence qu’il n’a cessé d’exercer sur lui, de même que la découverte de l’Inde, de l’Afghanistan et du Népal, où il se rend dès 1969. En 1971- 1972, il réside à Paris à la Cité internationale des arts.

À partir de 1979, Helmut Federle séjourne à New York. Cette ville va exercer sur lui une influence décisive : il radicalise ses compositions, fait disparaître toute allusion à la réalité, travaille la facture, modifie ses couleurs, accentue le rôle des valeurs. Et change ses formats : New York Painting II (1980) mesure 2,35 x 3,40 m. En 1983, il quitte New York pour s’installer à Zurich puis décide en 1985 de se fixer au cœur de l’Europe centrale, à Vienne, pour y poursuivre son travail.

L’art de Helmut Federle se reconnaît d’emblée. Il privilégie la peinture, ne néglige pas le dessin et s’investit également dans l’architecture. Comme tous les grands artistes, il a su créer une image qui conjugue dans un rapport particulier une composition, des couleurs, une facture, un format, ce dernier pouvant être monumental ou, à l’inverse, de petite taille. Chaque tableau est composé de formes géométriques, mais certaines œuvres, quand le sujet – presque toujours présent – l’impose, sont informelles. Ces peintures sont rigoureusement abstraites, mais quelques- unes restent figuratives.

Corner field painting

Chez Helmut Federle, la composition est primordiale. Le parti fondé sur le rapport de l’horizontale et de la verticale est le plus souvent retenu, l’artiste privilégiant les grands espaces vides qu’il met en évidence en disposant quelques formes à la périphérie : les carrés, rectangles et autres éléments sont tangents aux bords du tableau pour mieux en marquer les limites et souligner aussi que la composition reste ouverte et s’étend au-delà du champ pictural.

Il privilégie l’expression du rythme en jouant des intervalles ou en mettant en rapport des surfaces, mais il se permet aussi de recourir au dessin d’un motif sur un fond uni : grecque, spirale, svastika, ou lettres comme ses propres initiales « HF ».

Le dessin, grâce à sa liberté et à ses exigences, révèle bien les univers de l’artiste : de l’abstraction à la figure stylisée, de la géométrie à l’écriture picassienne, de la stylisation décorative à l’allusion érotique, les compositions sont variées au point de se montrer contradictoires, le graphisme oscillant entre le laisser-aller et l’extrême précision.

Gott 2000

Helmut Federle a travaillé avec un soin tout particulier la couleur. Entendons qu’il l’a quasiment éliminée. Sa gamme colorée est restreinte au gris et au jaune qui sont utilisés de façon cassée et sans vrais contrastes : les formes sont grises et le fond jaune ou les éléments jaunes avec un fond gris. Les couleurs sont toujours posées en aplats avec de très légères modulations qui sont dues à la touche. S’il existe des passages entre les formes, celles-ci sont plus souvent peintes bord à bord de façon nette. Mais le propos de l’artiste est bien de privilégier le jeu des valeurs : c’est par lui en effet que la structure est mise en évidence.

Le contraste peut être aussi parfois moins tranché et la tonalité plus sourde aboutissant à une lumière entre chien et loup.

Malgré leur austérité et grâce à elle, les images de Helmut Federle retiennent par leur puissance plastique. Toutefois leur aspect visuel ne peut être dissocié de leur contenu intellectuel : la peinture reste l’expression d’une idée. Pour Helmut Federle, « la forme doit toujours être spirituelle ».

Son œuvre est marquée par le pessimisme, compensé par la recherche d’un idéal que seule la connaissance du monde peut procurer : la peur et l’espoir vont ensemble. Pour Helmut Federle, la sagesse vient de la communion avec l’univers qu’il traduit au moyen de symboles cosmiques.

L’art de Helmut Federle témoigne de la vie spirituelle qui s’exprime en retrouvant les accents profonds et solennels du romantisme. Il possède de multiples et profondes racines et présente des rapports variés et parfois inattendus avec la culture occidentale et celle de l’Orient. Si la philosophie de Nietzsche, et plus encore peut-être celle de Schopenhauer, ont marqué l’artiste, non moins que les morales enseignées par le taoïsme et le bouddhisme en Chine et en Inde, les fondements de l’art de Helmut Federle sont à trouver dans le monde des formes, celui de la peinture abstraite des débuts du XXème siècle et dans la peinture abstraite américaine des années 50.

À ces modèles, il faut ajouter l’Antiquité et les civilisations non- européennes. L’Orient a aussi exercé sur Helmut Federle une grande influence par son art et sa spiritualité.

La montagne, par ce qu’elle est et ce qu’elle signifie, tient dans l’œuvre et dans la vie de Helmut Federle une place capitale. C’est pour cette raison notamment que Helmut Federle a été invité dans l’exposition Ferdinand Hodler, qui s’est tenue en 2008 au musée d’Orsay.

Helmut Federle s’est aussi beaucoup consacré à l’architecture soit en réalisant des œuvres intégrées à des bâtiments (Ambassade de Suisse à Berlin, Museum Rietberg à Zurich, soit en collaborant à la conception même des édifices (laboratoire Novartis à Bâle), soit en créant de toute pièce un édifice (pavillon pour le tramway d’Orléans). Il a travaillé avec quelques-uns des plus grands architectes contemporains (Herzog et de Meuron, Adolf Krischanitz, Diener et Diener, Hans Kollhoff).

Helmut Federle a emprunté un chemin peu fréquenté depuis le début des années 70. Mais son œuvre reste cependant située dans son époque, de même qu’elle exprime le lieu d’où elle est issue, l’Europe : elle se résume dans l’idée de l’abstraction. Blinky Palermo, peu avant lui, Gerhard Merz et Imi Knoebel, partagent un certain nombre de ses préoccupations, y compris dans leur rapport avec la culture classique, l’art du XXème siècle et l’architecture.

L’œuvre de Helmut Federle contient un message qui réussit à lier l’évocation du passé et la traduction du présent, la culture de l’Occident et de l’Orient, et tient l’équilibre entre la recherche d’un idéal et la tentation de la négation. Ce message est exprimé avec une retenue et une hauteur qui lui permettent de trouver des accents universels.

D’après un texte de Serge Lemoine, professeur à la Sorbonne